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Le Tire-Bouchon

 Article Daniel Jallageas - Membre du Club Français du Tire-Bouchon 

illustration-tire-bouchonInstrument ? Ustensile ? Appareil ? Machine ? Outil ? Qu’est le Tire-bouchon ? Agit-il sur la matière ? Exécute-t-il un travail ? Transforme-t-il de l’énergie ? Est-ce un objet simple ou complexe ?

Le tire-bouchon est tout à la fois, aucun de ces termes ne lui correspond exactement, du simple fait que les tire-bouchons sont nombreux divers et variés. Mais comment parler du tire-bouchon sans parler du vin, de la bouteille ou du bouchon.

Jusqu'au milieu du XVIIe, le vin, conservé en tonneaux (antérieurement en amphores), est apporté sur les tables dans des carafes, des cruches, des pichets, des fiasques. A cette époque, la bouteille connue depuis longtemps, mais peu utilisée pour le vin, car fragile et chère, évolue. Un verre épais, solide et foncé, fait son apparition.


Le bouchon de liège, lui aussi déjà connu, est peu employé. Suivant les récipients à obturer, on lui préfère : l’étoupe, le chanvre, le verre ou le bois. Mais les connaissances en matière de conservation et de vieillissement s’élargissent. La bouteille devenue solide se transforme, elle perdra peu à peu sa forme de bulbe d’oignon et s’allongera.


Le bouchon de liège s’implante donc doucement. Enfoncé de moitié, il ne nécessite pas d’instrument pour être extrait. Mais il se casse parfois lors du débouchage. C’est probablement dans cette situation, que le premier besoin d’un ustensile, pour déboucher une bouteille, est né.

Deux instruments ont pu, au départ, être utilisés pour cette opération :

1) Le foret, pique-vin, percette, perce-fut ou (plus gros) le coup de poing, qui permettait de percer les fûts pour en soutirer du vin afin de le goûter. Le trou étant par la suite obturé par un fausset (petite cheville de bois). De la forme d’un tire-bouchon en T, cet outil a une pointe droite, légèrement vrillée à son extrémité.

2) Le tire-bourre, qui permettait de nettoyer le canon des armes à percussion de l’époque (ex arquebuse). C’était en fait une tige, d’une ou plusieurs parties, munie d’une vrille (type queue de cochon épaisse) à son extrémité, sur laquelle on accrochait un chiffon.

Voilà donc les présumés ancêtres de nos tire-bouchons. Sûrement innombrables furent au départ les buveurs et serviteurs confrontés à la problématique du bouchon trop enfoncé ou cassé et sûrement nombreux furent-ils à utiliser l’un ou l’autre de ces deux ustensiles précédemment cités. Mais qui le premier, eut l’esprit de créer le tire-bouchon, instrument capable de résoudre les problèmes de débouchage? Qui le premier mit au point cet outil devenu aujourd’hui indispensable et tellement apprécié ?

Personne n’a pu encore de nos jours, répondre à cette question. Certains disent que le premier tirebouchon est Français ? D’autres pensent qu’il est Anglais !

Les Français ont toujours été de grands producteurs de vin et à cette époque les Anglais étaient de grands importateurs ... par déduction, tous furent de grands consommateurs.

C'est donc inspiré par la vis d’Archimède et plus poétiquement par la vrille de la Vigne, que naîtront, fin XVIIe les premiers tire-bouchons.

Au XVIIIe, ces tire-bouchons fabriqués artisanalement, sont généralement en acier ou en fer, pour la plupart très travaillés, finement ciselés et décorés. Les plus précieux sont en argent, en or, en ivoire, en nacre etc... Pour beaucoup d’entre eux, ce sont des chef-d’œuvres de raffinement.

Gardons en mémoire que la bouteille bouchée n’est que peu répandue, et que seule une certaine classe de la société (l’aristocratie), utilise cet objet.

Les tire-bouchons sont donc de forme simple, en T, mais aussi à cage ouverte ou pliants... et toujours de très belle qualité. On y adjoint souvent un sceau à cacheter, mais aussi un sifflet, un bourre-pipe etc...

La mèche, protégée par un étui, est généralement archimédienne, mais on en rencontre à section rectangulaire voire même du type "queue de cochon". Elles vont, à partir de cette époque, de plus en plus trouver leur place, sur les objets multifonctions.

C'est à la fin de ce siècle et plus précisément en 1795 que le premier brevet sera accordé pour un tire-bouchon, au révérend Samuel Henshall en Angleterre. Il faudra attendre 1828 pour que ceci se passe en France grâce à Francois Rever.

Le XIXe avec sa révolution industrielle, va permettre au tire-bouchon de mieux remplir sa mission. La bouteille qui est maintenant plus répandue, voit sa forme se rapprocher de nos bouteilles actuelles, et le bouchon y est enfoncé entièrement. L’emploi du tire-bouchon se popularise.

A partir de là, les hommes les plus ingénieux ne cesseront de perfectionner cet ustensile, afin que son utilisateur fournisse le minimum d’effort, évitant par là même de trop remuer la bouteille et son contenu. Le tire-bouchon gagnera en fonctionnalité, mais il y perdra souvent sa préciosité, son élégance.

Dans le Larousse ménager de 1926, on peut lire cette définition : "Certains dispositifs à levier, avec un écrou, à oreilles, permettent à la main la plus débile, d’enlever les bouchons les plus serrés."

Dans son ouvrage, paru en 1995, répertoriant les dépôts en France des brevets de tire-bouchons, l’auteur G. Olive recense :

  • 146 brevets de 1828 à 1900
  • 
151 brevets de 1900 à 1973

Soit 297 brevets en 145 ans.

Les Anglais nous devancent, puisque plus de 350 brevets seront déposés chez eux de 1795 à 1908.

Mais mécanisme n’est pas toujours synonyme d’efficacité, et plusieurs tire-bouchons, pour les avoir essayés, sont plus à leur place dans une vitrine, que dans le tiroir d’une cuisine.

Toujours est-il que des tire-bouchons simples en T, nous sommes passés aux tire-bouchons à système, à mécanisme. Ceux-ci sont à levier simple, à double levier, à ressort, à double pas de vis, extensibles, à manivelle, à crémaillère, montés sur roulement à billes ou utilisant les bienfaits de la poulie. On leur appose tout type de mèche : queue de cochon, archimédienne, chanfreinée, cannelée, rapide etc...

Elles sont dextrogyres pour les droitiers, lévogyres pour les gauchers ou pour le fameux tire-bouchon "farces et attrapes". Mais tous les tire-bouchons n’ont pas une mèche, certains en ont deux, et d’autres pas, quand ils sont à aiguille, à crochet, ou bi-lame.

Période d’ingéniosité et de créativité, le XIXe et le premier tiers du XXe nous offriront les tire-bouchons à mécanismes les plus intéressants. Le tire-bouchon est à cette époque, un marché porteur, et beaucoup d’entreprises saisissent l’affaire.

Dans son livre sur les fabriques françaises de tire-bouchons, l’auteur, G. Bidault recense environ 230 fabricants de 1820 à 1970. Sur une telle période, certains démarrent leur activité quand d’autres l’arrêtent, et tous n’ont pas les mêmes ambitions (parfois ils ne fabriqueront qu’un modèle de tire-bouchon et ce pendant 2 à 3 années).

Les plus importantes de ces fabriques sont environ quatre-vingt. De nombreuses cesseront leur activité dans la première moitié du XXe siècle. La première guerre mondiale, les revendications de 1936, et la deuxième guerre qui rend difficile l’approvisionnement en acier, mettront les manufactures dans des situations catastrophiques. Beaucoup d’entre elles ne pourront relancer leur production après guerre. Seule une vingtaine de brevets, sera déposé, de 1950 à 1970 ; mais nous y trouvons quand même le Kariba, tire-bouchon télescopique, en acier inoxydable, comportant dans son tube, quatre poulies et un cable en nylon résistant à une traction d’une tonne.

Aujourd'hui environ cinq entreprises continuent d’agir dans cette branche, et à l’exception du zig - zag, célèbre tire-bouchon extensible, toujours fabriqué depuis 1919, les autres modèles sont pour la plupart, soit des reproductions d’anciens, soit sans grand intérêt, comme ce cher cep de vigne pourtant très répandu. La concurrence étrangère nous offre bien sûr des tire-bouchons en matière synthétique, made in Taïwan, mais aussi certains modèles plus attrayants, comme le Pulltap’s (Espagne), le Zyliss (Suisse), le Screwpull et le Leverpull (U.S.A) etc...

Les ingénieurs continuent de vouloir améliorer cet ustensile. Depuis peu certaines mèches sont recouvertes de matière anti-adhésive (téflon) afin d’en faciliter la pénétration. La force nécessaire à cette rotation devient, parait-il de ce fait, 4 à 6 fois moindre.

Nous sommes au XXIe siècle, et d’autres innovations arriveront, preuve que le tire-bouchon idéal n’existe pas. Mais comment s’appelle le collectionneur de cet objet, vieux de 300 ans? Pomelkophile a la préférence de beaucoup, mais hélitapophile et hélixophile sont parfois employés. Entre nous, nous sommes souvent des tire-bouchonneux.

Outil d’ouverture chargé de symbolique et dédié à Bacchus, le tire-bouchon est là dans les moments de fête. Il permet d’accéder, sans trop d’efforts, à ce vin qui nous accompagne dans tous les évènements importants et heureux de la vie, même s’il peut aussi parfois nous aider à noyer nos chagrins, nos désespoirs.

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